Je me souviens qu’au moment du choc, tout s’est arrêté. Le moteur, les discussions, la lumière des phares puisqu’ils se sont encastrés dans le mur de neige.
Il y eut un silence dans la voiture.
J’ai voulu ouvrir la portière de la voiture mais elle était bloquée par la neige ;
J’ai été contraint d’ouvrir la fenêtre, de repousser la neige et de sortie dehors par cet orifice ;
Il faisait nuit noire.
Je ne me souviens plus exactement mais je crois que les filles sont restées à l’intérieur ;
J’ai fait quelques pas dans la nuit pour essayer de me repérer mais il y avait trop de brouillard. Je n’avais pas de lampe de poche et les phares de la voiture étaient plantés dans la neige.
Bref, c’était le bordel le plus complet.
J’ai dégagé comme j’ai pu les portes avec mes mains nues ; Enlever la neige, recréer un espace autour de la voiture a été mon premier travail.
Ca m’a pris un temps fou .
Une fois que les phares étaient dégagés, je n’étais pas plus avancé. Ils éclairaient le mur de neige et la réverbération n’était pas intéressante.
J’ai rejoint les filles en ouvrant cette fois la porte et nous nous sommes chauffés en redémarrant le moteur.
Puis nous avons convenu que j’essaierais cette fois de m’écarter plus de la voiture pour tenter de trouver un repère quelconque.
C’est ce que je fis mais sans résultat. A nouveau je me réfugie dans la voiture pour me chauffer et discuter avec les filles.
Une longue attente s’en suit car nous avions l’espoir de rencontrer une voiture de passage ;
Ce ne fut pas le cas. Nous étions bien seuls dans la montagne.
Là j’ai pris les choses réellement en main en proposant de m’en aller avec l’une d’entre elles à la recherche d’une aide.
L’une des filles a accepté de me suivre et j’ai donné des consignes claires aux deux autres ; N’ouvrir à personne, démarrer le moteur toutes les 20 minutes pour chauffer l’habitacle et éteindre aussitôt. Normalement, elles auraient eu assez d’essence jusqu’à l’aube.
Je donne mon idée d’échappée belle aux filles restantes et nous voilà en pleine nuit marcher dans le brouillard ;
J’ai de suite eu l’idée de descendre ; Prendre un itinéraire nous permettant de rejoindre la vallée en empruntant celui de l’aller.
Nous avons ainsi marché une heure et dans le froid ; Ma compagne avait froid et nous nous serrions l’un contre l’autre pour nous réchauffer de temps en temps. Normal, nous étions en pull et en chaussures basses ;
A un moment donné j’ai vu une lueur dans le lointain et j’ai proposé que nous prenions cette direction en ligne droite. C’est ce que nous avons fait.
Nous avons commencé à descendre de plus en plus et la difficulté était de chasser la neige devant moi. Nous avions 1m de neige sans parler des barbelés cachés par la neige, les clôtures et les trous ;
Cette équipée a duré une éternité. De plus, ces lumières que j’avais vues ont disparu assez vite ; C’est un peu normal vu la configuration du terrain qui, en descendant, nous rapprochait d’ arbres masquant du coup ces points lumineux.
Nous descendions, c’était une certitude.
Ma compagne d’infortune avait peur. Je m’en souviens comme si c’était hier. Elle avait froid mais là, je ne me faisais pas prier pour lui proposer mes bras.
J’avais 20 ans, elle en avait 16 et à cette époque, je me souciais guère des droits et des devoirs dans ce pays. J’avais 1 mètre de neige à franchir sur des KM et une nana à réchauffer pour qu’elle ne se transforme pas en glaçon.
Et arriva ce qui devait arriver.
Je n’avais pas dévié de la direction initiale prise lorsque j’avais aperçu cette lumière du haut du champ du feu. Enfin je le crois.
Cette lumière était maintenant visible et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous avons suivi cette étoile du berger.